Formation métier — Données de santé & réglementation

Secret professionnel, RGPD, droits du patient, registre et violations, hébergement HDS (BTS : BC4 / C4.7).

Données de santé & réglementation — à lire en premier

Référentiel BTS Orthoprothésiste (arrêté du 27 novembre 2024) — BC4, compétence C4.7 « Accéder aux données de santé numériques dans le respect de la réglementation ». Contribue aussi à C1.4 « Informer la personne prise en soins et son entourage ».

L'essentiel : une donnée de santé n'appartient pas au professionnel qui la détient. Elle appartient à la personne, et la loi encadre strictement qui peut y accéder, pourquoi, combien de temps, et où elle est stockée.

Pourquoi ce livre existe

Le livre Formation métier — Sécurité numérique explique comment protéger les données. Celui-ci explique ce que la loi exige, et ce à quoi le patient a droit. Les deux sont indissociables : une mesure de sécurité sans base juridique est arbitraire, une obligation juridique sans mesure technique est un vœu.

Trois régimes se superposent, et c'est leur articulation qui pose difficulté :

Régime Ce qu'il protège Texte de référence
Le secret professionnel Tout ce que le professionnel apprend de la personne, par quelque moyen que ce soit Code de la santé publique ; article 15 de l'arrêté du 1er février 2011 pour l'orthoprothésiste
Le RGPD et la loi Informatique et Libertés Le traitement des données personnelles Règlement (UE) 2016/679
Les règles propres aux données de santé L'hébergement, le partage et l'échange entre professionnels Code de la santé publique (HDS, équipe de soins)

Le fil conducteur

Toutes les règles de ce livre découlent de trois idées simples :

  1. On n'accède qu'à ce dont on a besoin, pour la personne qu'on prend en soins. La curiosité n'est pas une finalité légitime.
  2. La personne sait et peut agir. Elle est informée, elle consulte, elle fait rectifier, elle s'oppose.
  3. Tout laisse une trace. Les accès sont journalisés ; c'est la contrepartie du droit d'accéder.

Les pages de ce livre

  1. Le secret professionnel et le partage d'informations — jusqu'où puis-je parler du patient, et à qui.
  2. Le RGPD appliqué au cabinet — finalités, bases légales, minimisation, durées de conservation.
  3. Les droits du patient sur ses données — information, accès, rectification, opposition, accès au dossier médical.
  4. Registre, DPO et violations de données — ce que la structure doit tenir et déclarer.
  5. L'hébergement des données de santé (HDS) — où sont mes données, et chez qui.
  6. Traçabilité et habilitations dans le logiciel — la traduction concrète, avec renvois vers WinOrtho.

Ce que ce livre n'est pas

Ce n'est pas un cours de droit, et il ne remplace pas l'avis d'un juriste ni d'un délégué à la protection des données. Il vise le niveau attendu d'un professionnel bien formé : savoir ce qui est permis, ce qui ne l'est pas, et à quel moment il faut demander conseil.

À retenir

Le secret professionnel et le partage d'informations

Référentiel BTSBC4 / C4.7. Voir aussi BC1 / C1.5 « Apporter des conseils et une expertise auprès des professionnels de santé ».

L'essentiel : l'orthoprothésiste est tenu au secret professionnel. Le secret n'est pas levé parce qu'on parle à un autre soignant : le partage n'est licite que s'il est nécessaire à la prise en soins et que le patient en est informé.

Objectif

À la fin de cette page, vous savez :

Qui est tenu au secret, et sur quoi

L'article 15 de l'arrêté du 1er février 2011 relatif aux professions de prothésiste et orthésiste pour l'appareillage des personnes handicapées énonce que ces professionnels sont tenus au secret professionnel.

Le secret couvre tout ce qui est venu à la connaissance du professionnel dans l'exercice de son activité : ce que le patient a dit, ce qui a été constaté, mais aussi le simple fait qu'une personne soit suivie au cabinet, son adresse, ses rendez-vous, son état de santé apparent.

Y sont tenus tous les membres de l'équipe, pas seulement les diplômés : secrétaire, technicien d'atelier, apprenti, stagiaire, personnel d'entretien qui passe dans les bureaux. C'est pourquoi la clause de confidentialité figure au contrat de travail et que l'engagement est rappelé aux stagiaires dès leur arrivée.

Le secret ne cesse pas : ni à la fin de la prise en charge, ni au départ du salarié, ni au décès du patient.

Échange, partage : deux mots précis

Le code de la santé publique distingue :

Dans les deux cas, trois conditions :

  1. La finalité : l'information doit être nécessaire à la prise en soins de la personne. Pas « utile à savoir », pas « intéressant ».
  2. La pertinence : on transmet ce qui est strictement nécessaire, pas le dossier entier.
  3. L'information du patient : il doit savoir que ces échanges ont lieu, et il peut s'y opposer.

Quand le professionnel destinataire ne fait pas partie de l'équipe de soins, le consentement du patient est requis.

Le besoin d'en connaître, au cabinet

Situation Licite ?
Écrire au médecin prescripteur pour signaler une intolérance à l'appareil Oui — échange nécessaire à la prise en soins, avec un professionnel identifié, dans l'équipe.
Transmettre au kinésithérapeute qui suit le patient les caractéristiques de l'orthèse délivrée Oui, dans les mêmes conditions.
Demander au technicien d'atelier de préparer un appareil : il voit le nom et les mesures Oui — il participe à la prise en charge, avec l'information dont il a besoin.
Consulter le dossier d'une voisine, par curiosité Non. Faute grave, et accès tracé.
Répondre au conjoint qui appelle pour savoir si le patient est bien venu Non, sans l'accord du patient — même le fait qu'il soit suivi est couvert.
Envoyer un devis à l'employeur qui finance Seulement avec l'accord explicite du patient, et limité au nécessaire.
Répondre à l'assurance du patient qui demande des pièces Ce sont au patient de transmettre ce qu'il souhaite ; le cabinet ne communique pas directement.
Raconter un cas en formation, sans nom Oui, si le cas est réellement anonymisé — attention aux détails qui ré-identifient (pathologie rare, contexte local).
Parler d'un patient dans le couloir, ou à l'accueil avec un tiers à portée d'oreille Non. La confidentialité vaut aussi à l'oral.

Les situations sensibles

Les conséquences d'une violation

La violation du secret professionnel est une infraction pénale (code pénal), indépendamment de toute sanction disciplinaire ou de tout licenciement. Une consultation de dossier sans motif légitime engage la responsabilité de la personne — le journal des accès permet de l'établir.

À retenir

Le RGPD appliqué au cabinet

Référentiel BTSBC4 / C4.7 « Accéder aux données de santé numériques dans le respect de la réglementation ».

L'essentiel : le RGPD ne dit pas « interdit de traiter des données ». Il dit : sachez pourquoi vous les traitez, n'en collectez pas plus que nécessaire, ne les gardez pas indéfiniment, et soyez capable de le prouver.

Objectif

À la fin de cette page, vous savez :

Le vocabulaire minimum

Terme Définition Au cabinet
Donnée personnelle Toute information se rapportant à une personne identifiée ou identifiable Nom, NIR, téléphone, mais aussi un scan 3D ou une photo clinique
Donnée sensible Catégorie particulière, dont les données de santé Diagnostic, mesures, appareillage délivré, ordonnance
Traitement Toute opération sur des données : collecte, consultation, stockage, envoi, suppression Créer une fiche, facturer, télétransmettre, archiver
Responsable de traitement Celui qui décide des finalités et des moyens Le cabinet (la structure, via son dirigeant)
Sous-traitant Celui qui traite pour le compte du responsable L'éditeur du logiciel, l'hébergeur, le cabinet comptable

Les données de santé sont par principe interdites de traitement, sauf exceptions — dont la principale ici : le traitement nécessaire aux fins de médecine préventive, de diagnostic, de prise en charge sanitaire, par un professionnel soumis au secret. C'est ce qui rend l'activité du cabinet licite.

Les six principes, appliqués à l'appareillage

1. Licéité, loyauté, transparence — le patient sait quelles données sont recueillies et pourquoi. D'où l'obligation d'une mention d'information (voir page suivante).

2. Finalité déterminée — chaque donnée est collectée pour un but précis et ne peut être réutilisée pour un autre sans réexamen. Exemple : les coordonnées recueillies pour la prise en soins ne peuvent pas servir à une campagne commerciale sans base distincte.

3. Minimisation — on ne collecte que le nécessaire. La question test : à quoi cette information me sert-elle concrètement ? Exemple : la profession du patient est pertinente si elle conditionne le choix de l'appareil ; sa situation familiale détaillée, rarement.

4. Exactitude — les données doivent être à jour : adresse, droits, mutuelle, mais aussi l'identité du patient, dont l'exactitude conditionne tout le reste. Une donnée de santé rattachée au mauvais dossier est à la fois une erreur de traitement et un risque pour le patient.

5. Limitation de la conservation — on ne garde pas tout, pour toujours.

6. Intégrité et confidentialité — sécurité des données ; c'est l'objet du livre Formation métier — Sécurité numérique.

À quoi s'ajoute la responsabilité (accountability) : être capable de démontrer que tout cela est respecté — d'où le registre des traitements.

Les bases légales du cabinet

Ce n'est presque jamais le consentement.

Traitement Base légale
Dossier patient, prise en soins Obligation légale / mission d'intérêt public en matière de santé ; le dossier est d'ailleurs imposé par l'article 21 de l'arrêté du 1er février 2011
Facturation, comptabilité, télétransmission Obligation légale
Gestion des rendez-vous, relation client Intérêt légitime ou exécution du contrat
Envoi d'une enquête de satisfaction, newsletter Consentement — libre, spécifique, révocable
Photos cliniques utilisées en formation ou en communication Consentement explicite et distinct, par écrit

Conséquence pratique : un patient ne peut pas « retirer son consentement » au dossier patient, parce que ce dossier ne repose pas sur son consentement. En revanche, il peut s'opposer à une newsletter ou refuser l'usage de ses photos — et cela ne change rien à sa prise en charge.

Combien de temps garde-t-on les données ?

Le principe est qu'une durée doit être déterminée, justifiée et écrite dans le registre. Les repères usuels :

Donnée Repère
Dossier de prise en soins Conservé pendant toute la durée du suivi puis archivé ; la durée retenue doit tenir compte du suivi de l'appareillage (renouvellements, garantie, responsabilité) et des délais de prescription en matière de responsabilité médicale
Pièces comptables et factures 10 ans (obligation du code de commerce)
Données de facturation / télétransmission Le temps nécessaire au recouvrement et aux contrôles
Candidatures non retenues Quelques mois, sauf accord de la personne
Vidéosurveillance, le cas échéant Quelques semaines au plus

⚠️ Points de vigilance. Les durées applicables au dossier de santé varient selon le statut de la structure et évoluent : la durée retenue par le cabinet doit être écrite, justifiée et vérifiée auprès de la CNIL, de l'organisation professionnelle ou d'un conseil — ce n'est pas un chiffre à retenir par cœur. Et « archiver » n'est pas « laisser dans la base courante » : les dossiers clos doivent être séparés de l'actif, avec des accès restreints.

Au terme de la durée : suppression ou anonymisation véritable (une donnée anonymisée ne permet plus, par aucun moyen, de remonter à la personne — sinon elle reste personnelle).

Ce que le cabinet doit avoir mis en place

À retenir

Les droits du patient sur ses données

Référentiel BTSBC4 / C4.7. Contribue à BC1 / C1.4 « Informer la personne prise en soins et son entourage ».

L'essentiel : le patient a le droit de savoir, de voir, de faire corriger et, dans certains cas, de s'opposer. Le cabinet doit répondre dans un délai d'un mois, et savoir vérifier l'identité du demandeur avant de transmettre quoi que ce soit.

Objectif

À la fin de cette page, vous savez :

1. Le droit d'être informé

C'est le droit premier : il conditionne tous les autres. Le patient doit savoir, au moment de la collecte, ce qu'on fait de ses données.

La mention d'information du cabinet indique, en termes compréhensibles :

Où la placer : affichée en salle d'attente, remise ou signalée à l'ouverture du dossier, et disponible sur le site du cabinet s'il existe. Une phrase orale ne suffit pas.

2. Le droit d'accès — et l'accès au dossier

Toute personne peut demander communication des informations la concernant. Deux fondements se croisent : le droit d'accès du RGPD, et le droit d'accès au dossier médical du code de la santé publique.

La procédure, pas à pas :

  1. Enregistrer la demande et sa date — le délai court à partir de là.
  2. Vérifier l'identité du demandeur. C'est une étape de sécurité, pas un obstacle : transmettre un dossier à un imposteur est une violation de données. Une copie de pièce d'identité est légitime.
  3. Vérifier la qualité : le patient lui-même ? le titulaire de l'autorité parentale ? un majeur protégé et son représentant ? un ayant droit après décès (motif limité à justifier) ? un mandataire (mandat écrit) ?
  4. Constituer le dossier : identité et administratif, anamnèse, dossier technique, descriptif de l'appareil, comptes rendus. Les notes personnelles de travail, non formalisées et non partagées, n'ont pas à être communiquées.
  5. Répondre sous un mois (prolongeable en cas de demande complexe, en informant la personne). Le code de la santé publique prévoit par ailleurs un délai de réflexion de 48 heures avant communication du dossier médical, et des délais propres selon l'ancienneté des informations.
  6. Remettre : consultation sur place gratuite, ou copie. Les frais de copie peuvent être facturés au coût réel, sans excéder le coût de reproduction et d'envoi.
  7. Tracer la demande et la réponse.

⚠️ Cas fréquent en cabinet : le conjoint, l'enfant ou l'employeur qui demande « le dossier ». La réponse par défaut est non : c'est au patient de demander, et à lui de transmettre ensuite ce qu'il veut.

3. Le droit de rectification

Le patient peut faire corriger une donnée inexacte : orthographe du nom, date de naissance, adresse, mutuelle.

Attention à la limite : on rectifie une donnée factuelle erronée. On ne supprime pas rétroactivement une observation professionnelle parce qu'elle déplaît. Si le patient conteste une appréciation, on consigne sa contestation au dossier — on ne réécrit pas l'histoire.

4. Le droit d'opposition et la limitation

5. L'effacement — et pourquoi il est le plus souvent refusé

Le « droit à l'oubli » ne s'applique pas aux données que le cabinet doit conserver au titre d'une obligation légale : dossier de prise en soins, pièces comptables et de facturation.

La bonne réponse à un patient qui demande la suppression de son dossier n'est donc pas « non » tout court, mais : « Je ne peux pas supprimer votre dossier de soins, la loi m'impose de le conserver ; en revanche je peux retirer vos coordonnées de nos envois, supprimer vos photos utilisées en communication, et restreindre les accès. »

6. La portabilité

Droit de récupérer ses données dans un format lisible par machine, et de les faire transmettre à un autre responsable. Il s'applique aux données fournies par la personne, sur la base du consentement ou d'un contrat — donc d'une portée limitée pour un dossier de soins. En pratique, le transfert vers un confrère passe par la communication du dossier, à la demande du patient.

Répondre : les réflexes

Réflexe Pourquoi
Dater et enregistrer la demande Le délai d'un mois est opposable
Vérifier l'identité et la qualité Éviter de créer soi-même une violation de données
Ne pas demander plus que nécessaire pour vérifier Une pièce d'identité suffit ; pas de justificatif du motif
Répondre par écrit, même pour refuser Un refus se motive et mentionne le recours CNIL
Transmettre par un canal sûr MSSanté, remise en main propre, courrier recommandé — pas un mail ordinaire
Ne rien facturer au-delà du coût réel de reproduction Le droit d'accès est gratuit

À retenir

Registre, DPO et violations de données

Référentiel BTSBC4 / C4.7. Voir aussi BC3 / C3.6 « Se prémunir et réagir face aux incidents numériques ».

L'essentiel : trois obligations concrètes pèsent sur la structure — tenir un registre de ses traitements, désigner un DPO lorsque c'est requis, et documenter puis notifier les violations de données.

Objectif

À la fin de cette page, vous savez :

1. Le registre des traitements

C'est la pièce maîtresse de la « responsabilité » : le document qui permet de prouver qu'on sait ce qu'on fait des données. Il est demandé en premier en cas de contrôle de la CNIL.

Une ligne par traitement. Pour un cabinet d'orthoprothèse, la liste tient en une dizaine de lignes :

Traitement Finalité Personnes Données Destinataires Durée
Dossier patient Prise en soins, suivi de l'appareillage Patients Identité, INS, santé, mesures, modèles 3D, photos Équipe, prescripteur Voir politique d'archivage
Facturation / télétransmission Facturer, être remboursé Patients Identité, NIR, droits, codes LPP AMO, AMC, SCOR Durée légale comptable
Rendez-vous Organiser l'activité Patients Identité, coordonnées Équipe Durée du suivi
Gestion du personnel Paie, contrats, planning Salariés Identité, contrat, paie Comptable, URSSAF Durées légales sociales
Fournisseurs / achats Commandes, comptabilité Contacts pro Coordonnées professionnelles Comptable 10 ans (pièces)
Recrutement Sélectionner Candidats CV, lettre Dirigeant Quelques mois
Vidéosurveillance (si présente) Sécurité des locaux Patients, salariés, visiteurs Images Dirigeant, forces de l'ordre sur réquisition Quelques semaines

À chaque ligne, on ajoute utilement : la base légale, les mesures de sécurité, et les éventuels transferts hors Union européenne.

Le registre vit : on le met à jour à chaque nouveau logiciel, nouveau prestataire, nouvel usage. Un registre écrit une fois en 2019 et jamais rouvert ne prouve rien.

2. Le délégué à la protection des données (DPO)

Obligatoire notamment lorsque l'activité principale conduit à un traitement à grande échelle de données sensibles. Pour un cabinet d'orthoprothèse de quelques personnes, la désignation n'est en général pas obligatoire — mais elle est recommandée, et une structure plus importante, un réseau ou un groupe d'établissements relèvera souvent de l'obligation.

Le DPO peut être interne ou externe (mutualisé entre plusieurs structures, ce qui est fréquent et économique). Il informe et conseille, contrôle le respect des règles, coopère avec la CNIL et sert de point de contact pour les personnes.

Il n'est pas le responsable de traitement : la responsabilité reste au dirigeant. Et il doit disposer des moyens et de l'indépendance nécessaires — on ne nomme pas DPO la personne qui décide des traitements.

Quand il n'y a pas de DPO, il faut malgré tout désigner un référent identifié dans l'équipe. Sinon, personne ne tient le registre et personne ne répond aux demandes.

3. L'analyse d'impact (AIPD)

Une analyse d'impact relative à la protection des données est requise lorsqu'un traitement est susceptible d'engendrer un risque élevé pour les personnes — ce qui vise notamment les traitements à grande échelle de données de santé.

Un cabinet de taille modeste n'y est généralement pas tenu pour son dossier patient courant, mais la question se pose sérieusement en cas de nouveau dispositif : plateforme de télésuivi, base de modèles 3D mutualisée, outil d'analyse de marche connecté, recherche. En cas de doute : la CNIL publie des listes de traitements nécessitant ou non une AIPD.

4. Les violations de données

Définition : une violation, c'est toute atteinte à la confidentialité (accès ou divulgation non autorisés), à l'intégrité (altération) ou à la disponibilité (perte, destruction) de données personnelles — accidentelle ou illicite.

Le mot important est accidentelle : il n'y a pas besoin d'un pirate.

Événement Violation ? Type
Compte rendu envoyé au mauvais patient Oui Confidentialité
Ordinateur portable non chiffré volé Oui Confidentialité
Rançongiciel chiffrant les dossiers Oui Disponibilité (+ confidentialité si exfiltration)
Classeur de dossiers papier perdu Oui Confidentialité
Serveur en panne, données intactes, restaurées en 2 h Non (incident technique)
Salarié consultant un dossier sans motif Oui Confidentialité
Suppression accidentelle sans sauvegarde Oui Disponibilité

Ce qu'il faut faire

  1. Documenter toutes les violations dans un registre des violations — y compris celles qu'on ne notifie pas. Ce registre doit pouvoir être présenté à la CNIL.
  2. Évaluer le risque pour les personnes : nature des données (santé = risque élevé par défaut), nombre de personnes, facilité d'identification, conséquences possibles.
  3. Notifier la CNIL sous 72 h dès lors que le risque n'est pas négligeable. En cas de retard, motiver. Une notification peut être complétée ensuite.
  4. Informer les personnes concernées sans délai si le risque est élevé : leur dire ce qui s'est passé, quelles données, quelles conséquences possibles, ce qu'elles peuvent faire, et qui contacter.
  5. Prendre les mesures correctives, et les consigner.

Le registre des violations note pour chaque événement : date de survenue et de découverte, nature, données et personnes touchées, conséquences, mesures prises, décision de notifier ou non et sa justification.

À retenir

L'hébergement des données de santé (HDS)

Référentiel BTSBC4 / C4.7 « Accéder aux données de santé numériques dans le respect de la réglementation ».

L'essentiel : dès qu'un tiers héberge des données de santé recueillies à l'occasion d'activités de prévention, de diagnostic ou de soins, il doit être certifié HDS. Ce n'est pas une option commerciale : c'est une obligation légale, et c'est au cabinet de la vérifier.

Objectif

À la fin de cette page, vous savez :

Le principe

Le code de la santé publique impose que l'hébergement de données de santé à caractère personnel, pour le compte d'un tiers, soit assuré par un hébergeur certifié HDS (Hébergeur de Données de Santé). La certification est délivrée par un organisme accrédité, après audit, et porte sur des activités précises (mise à disposition d'infrastructure, d'infogérance, de sauvegarde, d'administration…).

Quand c'est requis :

Quand ce n'est pas requis : le cabinet qui héberge ses propres données sur son propre serveur, dans ses locaux, n'a pas à être certifié pour lui-même. Il reste évidemment tenu à la sécurité et à toutes les autres obligations.

Vérifier, ne pas croire sur parole

« Nos serveurs sont en France » n'est pas « nous sommes certifiés HDS ». Deux vérifications simples :

  1. Demander le certificat HDS — un document nominatif, avec un périmètre, une date de validité et l'organisme certificateur. Vérifier que le périmètre couvre bien la prestation qui vous concerne.
  2. Consulter la liste publique des hébergeurs certifiés publiée par l'Agence du Numérique en Santé.

Attention aux chaînes de sous-traitance : l'éditeur de votre logiciel peut ne pas être hébergeur lui-même et s'appuyer sur un prestataire. C'est alors ce prestataire qui doit être certifié, et le contrat doit le nommer.

Ce que le contrat doit prévoir

Le contrat avec l'hébergeur (ou l'éditeur) est un contrat de sous-traitance au sens du RGPD. Il doit préciser au minimum :

Point Ce qu'on vérifie
Objet et durée Quelles données, pour quel service, combien de temps
Certification HDS Référence du certificat et périmètre couvert
Localisation Où sont physiquement les données ; transferts hors UE encadrés ou absents
Sous-traitants ultérieurs Liste, et obligation d'information avant tout changement
Sécurité Chiffrement, contrôle des accès, journalisation
Sauvegardes Fréquence, rétention, délai de restauration garanti
Confidentialité Engagement du personnel de l'hébergeur ; pas d'accès hors nécessité technique
Incidents Obligation d'informer le cabinet sans délai en cas de violation
Audit Droit pour le cabinet de demander des éléments de preuve
Réversibilité Format, délai et coût de restitution des données en fin de contrat ; suppression certifiée ensuite
Fin d'activité de l'éditeur Ce qu'il advient des données si le prestataire disparaît

La réversibilité est le point le plus souvent négligé et le plus coûteux. Un cabinet qui ne peut pas récupérer ses dossiers dans un format exploitable est captif — et en difficulté le jour où il doit changer de logiciel, ou si l'éditeur cesse son activité.

Et le cloud grand public ?

Non. Un service de stockage grand public n'est pas certifié HDS, ses conditions générales ne constituent pas un contrat de sous-traitance conforme, et la localisation des données y est rarement maîtrisée.

Le raccourci « je mets juste les scans 3D sur mon espace personnel » est une double faute : hébergement non conforme et usage de matériel ou de compte personnel (voir Formation métier — Sécurité numérique).

Responsabilité : qui répond de quoi

Externaliser ne transfère pas la responsabilité. Cela la partage, à condition que le contrat soit écrit.

À retenir

Traçabilité et habilitations dans le logiciel

Référentiel BTSBC4 / C4.7. Page de mise en pratique, avec renvois vers les écrans de WinOrtho.

L'essentiel : deux mécanismes traduisent la réglementation dans le logiciel — les habilitations (qui a le droit de voir quoi) et la journalisation (qui a effectivement fait quoi, et quand). Sans eux, aucune des obligations précédentes n'est démontrable.

Objectif

À la fin de cette page, vous savez :

1. Les habilitations

Une habilitation répond à la question : de quoi cette personne a-t-elle besoin pour faire son travail ? — et à rien d'autre. C'est le principe du moindre privilège, transposé au logiciel métier.

Méthode en quatre étapes :

  1. Lister les rôles réels de la structure, pas les personnes : orthoprothésiste, technicien, secrétariat, gestion, direction, apprenti.
  2. Pour chaque rôle, lister les opérations nécessaires : consulter / créer / modifier / supprimer / exporter, par domaine (patients, PEC, facturation, stock, atelier, paramétrage).
  3. Créer un profil par rôle, et y rattacher les personnes — jamais l'inverse.
  4. Revoir la liste au moins une fois par an, et à chaque arrivée, changement de poste ou départ.

Les points de vigilance :

2. La journalisation

Le journal enregistre qui, quand, quoi. C'est la contrepartie du droit d'accès aux données : parce que les professionnels peuvent consulter les dossiers, il faut pouvoir vérifier que ces consultations étaient légitimes.

Un journal sert à trois choses :

Encore faut-il qu'il soit exploité : un journal que personne ne regarde jamais ne dissuade personne. Une revue périodique, même sommaire — quelques sondages par trimestre, et systématiquement après un événement — suffit à le rendre réel.

⚠️ Le journal contient lui-même des données personnelles (celles des salariés). Il a donc une durée de conservation définie, un accès restreint, et il ne peut pas être détourné en outil de surveillance permanente de l'activité des employés : son usage doit être annoncé à l'équipe, et proportionné.

3. Dans WinOrtho

Notion Où la voir Support détaillé
Comptes et profils utilisateurs Écran Préférences Formation logiciel — SystèmePréférences
Journal d'activité (qui a fait quoi, quand) Écran Journal d'activité Formation logiciel — DirectionJournal d'activité
Exports de données Écran Exports Formation logiciel — DirectionExports
Documents du dossier patient Onglet Documents de la prise en charge Formation logiciel — GénéralPrises en charge
Données de droits et de mutuelle Fiche patient Formation logiciel — GénéralPatients

À retenir